La parution au Journal Officiel de l’arrêté du 19 février 2026 marque une étape décisive, mais contestée, pour la filière bois. Entre exigences de sécurité renforcées et impératifs de décarbonation, le secteur de la construction cherche son équilibre face à un texte qui impose de nouvelles contraintes techniques et économiques majeures.
Un front uni contre une réforme jugée précipitée
Avant même sa publication, le projet d’arrêté a cristallisé une opposition rare au sein de la construction. Le Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique (CSCEE), suivi du Conseil national d’évaluation des normes, avait rendu un avis défavorable, dénonçant un manque de concertation. Des organisations majeures comme la FFB, la CAPEB ou l’UNSFA ont fustigé des études d’impact insuffisantes et une complexité réglementaire qui pourrait, selon elles, mener à des « articles qui se contredisent ». Malgré ce rejet quasi unanime des professionnels, le texte a été maintenu, laissant la filière devant le fait accompli.
La fin du bois apparent ? L’épineuse question de l’encapsulage
La mesure la plus emblématique du texte concerne l’obligation d’encapsulage du bois structurel. Pour les bâtiments dépassant 8 mètres de hauteur, le bois situé dans les circulations (horizontales et verticales) doit désormais être protégé par un écran thermique, comme des plaques de plâtre, garantissant une résistance au feu d’au moins 30 minutes. Cette « mise sous cloche » est vécue comme un coup dur pour les architectes et les maîtres d’ouvrage qui privilégiaient l’esthétique naturelle du bois. Au-delà de l’aspect visuel, cette règle impose un contrôle physique de ces protections tous les cinq ans, ajoutant une lourdeur administrative et opérationnelle à la gestion des bâtiments.
Un choc frontal avec les ambitions de la RE2020
Ce durcissement réglementaire soulève une contradiction fondamentale avec les objectifs environnementaux de la France. Alors que la RE2020 pousse à l’utilisation massive de matériaux biosourcés pour réduire l’empreinte carbone du bâtiment, ces nouvelles contraintes incendie viennent alourdir le bilan. Selon les premières analyses de la filière, l’ajout de couches de protection et les modifications structurelles pourraient entraîner un surcoût de construction de 5 à 8 % et une augmentation de l’impact carbone de l’ordre de 3 %. Pour beaucoup d’acteurs, cette réglementation risque de freiner l’élan de la construction bois, rendant certains projets économiquement non viables.
Entre incertitudes techniques et attente de clarifications
Si l’arrêté est désormais officiel, son application concrète soulève encore de nombreuses interrogations. Le texte prévoit une période de transition de 15 mois, mais plusieurs zones d’ombre subsistent, notamment sur la cohérence avec la future révision de l’Instruction Technique 249 relative aux façades. Les professionnels, réunis récemment lors du Forum Bois Construction, ont souligné que le cadre reste incomplet, faute de textes spécifiques pour les bâtiments d’habitation et de bureaux. En attendant ces clarifications, la filière bois doit apprendre à naviguer dans ce nouvel environnement normatif, tout en plaidant pour une harmonisation qui ne sacrifie pas l’innovation architecturale sur l’autel de la sécurité.
